Les écrans occupent désormais une place importante dans les loisirs des enfants. Télévision, tablette, smartphone, console de jeux : les possibilités de divertissement sont nombreuses, mais elles soulèvent aussi une question devenue incontournable pour les parents : comment permettre à un enfant de profiter du numérique sans que celui-ci prenne la place du jeu physique, de l’exploration et des interactions sociales ?
La question est d’autant plus actuelle que les habitudes numériques commencent tôt. Selon les données publiées par l’Assurance Maladie en 2025, le temps quotidien passé devant un écran atteint en moyenne 1 h 22 chez les 3-5 ans, 1 h 53 chez les 6-8 ans et 2 h 33 chez les 9-11 ans.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de supprimer les écrans, mais plutôt de mieux choisir les activités et d’alterner les expériences de jeu.
Pourquoi le jeu réel reste essentiel au développement de l’enfant ?
Avant même de parler de consoles ou de tablettes, il faut rappeler l’importance du jeu physique. Construire, manipuler, courir, lancer, assembler, dessiner ou jouer avec d’autres enfants permet de mobiliser plusieurs compétences simultanément.
Chez les plus jeunes, un jeu de construction peut par exemple travailler la coordination entre les mains et les yeux. Un puzzle développe l’observation et la logique, tandis qu’un jeu de ballon sollicite l’équilibre, la coordination et la motricité globale.
Les recommandations actuelles vont dans ce sens. Pour les enfants de 5 à 11 ans, l’Assurance Maladie recommande en moyenne une heure d’activité physique quotidienne d’intensité modérée à soutenue, avec des activités variées favorisant notamment l’endurance, la coordination, l’agilité et l’équilibre.
Un jouet n’a donc pas besoin d’être « éducatif » pour être utile
Un bon jouet peut simplement donner envie à l’enfant de bouger, d’imaginer et d’interagir.
Quelques exemples :
- 3-5 ans : puzzles simples, jeux d’encastrement, parcours moteurs, jeux de construction et jeux d’imitation ;
- 5-8 ans : jeux de société simples, LEGO et autres constructions, jeux de mémoire, activités créatives et jeux d’adresse ;
- 8-12 ans : jeux de stratégie, constructions plus complexes, expériences scientifiques, jeux de société collaboratifs et activités sportives.
Le critère essentiel reste l’adéquation entre l’âge, les capacités de l’enfant et le niveau de difficulté du jeu.
Faut-il pour autant bannir les jeux vidéo ?
Non. Le débat est plus nuancé qu’une simple opposition entre « bons jouets » et « mauvais écrans ».
Les jeux vidéo peuvent mobiliser la réflexion, la résolution de problèmes, la stratégie, la coordination œil-main et parfois la coopération entre joueurs. Une revue de littérature publiée en 2026 souligne d’ailleurs que les effets des écrans peuvent varier selon leur nature et surtout selon le niveau d’implication cognitive et physique qu’ils permettent.
Le véritable enjeu consiste donc à éviter que le jeu vidéo devienne une activité exclusivement passive et solitaire.
Exemple concret : remplacer le « temps d’écran » par une expérience de jeu
Un enfant de 8 ans peut passer 45 minutes devant un jeu vidéo de réflexion. Mais il peut ensuite :
- arrêter la console ;
- reproduire une construction ou un défi inspiré du jeu avec des briques ;
- réaliser un puzzle ou un jeu de stratégie avec un parent ;
- sortir jouer pendant 30 à 60 minutes.
On passe alors d’une logique de consommation d’écran à une véritable alternance entre numérique, réflexion, manipulation et activité physique.
Quels écrans limiter selon l’âge ?
Il est particulièrement utile de distinguer les usages plutôt que de considérer tous les écrans de la même manière.
Chez les enfants de 3 à 4 ans, les recommandations indiquent notamment de privilégier les jeux interactifs, la lecture et les activités physiques, avec un usage des écrans limité et accompagné par un adulte.
Entre 5 et 11 ans, l’enjeu devient progressivement celui de l’équilibre : activité physique, sommeil, école, jeux libres, relations sociales et temps numérique doivent trouver leur place.
Une donnée mérite également l’attention des parents : en France, 27 % des enfants de 10 ans et 46 % des enfants de 11 ans disposent déjà d’un smartphone personnel, selon les données reprises par l’Assurance Maladie.
Cela montre pourquoi les habitudes numériques doivent être accompagnées avant même l’adolescence.
À 8 ans, quels jeux privilégier ?
À cet âge, l’enfant peut généralement profiter d’une grande diversité d’activités.
- Les jeux de construction
Ils permettent de développer la patience, la représentation dans l’espace et la capacité à suivre ou inventer une consigne.
Conseil pratique : plutôt que de demander simplement à l’enfant de reproduire un modèle, proposez-lui ensuite de modifier la construction ou d’inventer son propre modèle.
- Les jeux de société
Les jeux de stratégie, de mémoire ou de coopération permettent de travailler la concentration tout en introduisant des règles et la notion de tour de jeu.
Astuce : choisissez un jeu qui peut être joué à deux, trois ou quatre personnes afin d’en faire une véritable activité familiale.
- Les jeux créatifs
Dessin, construction, assemblage ou création manuelle permettent à l’enfant de produire quelque chose plutôt que de simplement consommer un contenu.
Bon réflexe : gardez une boîte accessible avec crayons, feuilles, pâte à modeler ou petits éléments de construction afin que l’enfant puisse commencer une activité sans attendre qu’un adulte la prépare.
- Les jeux vidéo adaptés
À partir d’un certain âge, les jeux vidéo peuvent également trouver leur place dans cette diversité.
Pour choisir correctement, il est préférable de regarder plusieurs critères : âge recommandé, difficulté, durée des parties, contenu, possibilité de jouer à plusieurs et présence éventuelle d’achats intégrés ou de fonctionnalités en ligne.
Pour les parents qui souhaitent comparer différents jeux et équipements adaptés aux enfants et aux adolescents, une sélection spécialisée comme celle proposée par GameWorld peut également servir de point de départ pour identifier les catégories correspondant à chaque âge.
Le meilleur indicateur : ce que fait l’enfant après avoir joué
Plutôt que de regarder uniquement le nombre de minutes passées devant un écran, les parents peuvent observer le comportement de l’enfant.
Après une activité, demandez-vous :
- Est-il capable de raconter ce qu’il vient de faire ?
- A-t-il envie de créer quelque chose ?
- A-t-il envie de bouger ?
- A-t-il appris une nouvelle règle ou compétence ?
- A-t-il joué avec quelqu’un ?
- Peut-il arrêter facilement l’activité lorsqu’on lui demande ?
Ces observations sont souvent plus instructives qu’un simple chronomètre.
5 conseils très pratiques pour instaurer un meilleur équilibre
- Ne faites pas de l’écran la récompense systématique
« Si tu ranges ta chambre, tu auras la tablette » peut rapidement transformer l’écran en récompense ultime.
Essayez plutôt de considérer le jeu vidéo comme une activité parmi plusieurs autres.
- Créez une alternance
Par exemple :
45 min de jeu vidéo → goûter → activité physique → jeu de construction ou jeu de société.
L’objectif n’est pas de créer un programme militaire, mais d’éviter plusieurs heures consécutives d’immobilité.
- Évitez les écrans pendant les repas
Le repas constitue une occasion naturelle de discuter et d’échanger en famille. Les recommandations de santé publique encouragent également à préserver ces moments des écrans.
- Ne laissez pas automatiquement le smartphone devenir le jouet de secours
Dans une salle d’attente, au restaurant ou en voiture, il peut être tentant de donner immédiatement un téléphone à l’enfant.
Gardez parfois dans un sac un petit jeu de cartes, un carnet, un puzzle compact ou un jeu de réflexion.
- Jouez avec votre enfant
C’est probablement le conseil le plus simple et le plus efficace.
Faire une partie ensemble, construire une ville avec des briques, résoudre un puzzle ou tester un jeu vidéo permet de comprendre ce qui attire l’enfant et de transformer une activité individuelle en moment partagé.
Vers une nouvelle définition du « bon jeu »
Le débat sur les écrans ne devrait finalement pas opposer systématiquement jeux vidéo et jouets traditionnels.
Un enfant a besoin de bouger, réfléchir, manipuler, imaginer, créer et interagir. Les différentes formes de jeu peuvent répondre à ces besoins de manière complémentaire.
Le véritable objectif est donc de construire un environnement dans lequel une console, un jeu de société, une construction, un ballon ou un livre ont chacun leur place.
Pour les parents, la meilleure question n’est peut-être pas « Combien de temps mon enfant joue-t-il aux jeux vidéo ? », mais plutôt :
« Quelles expériences de jeu mon enfant a-t-il vécues aujourd’hui ? »
C’est cette diversité — entre numérique et réel, entre jeu individuel et collectif, entre réflexion et mouvement — qui permet de construire un rapport plus équilibré au jeu dès l’enfance.






